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Giorgio Napolitano, onzième occupant du Quirinale

par Michaël BARDIN
Membre du Centre de Droit et de Politique Comparés Jean-Claude ESCARRAS
Faculté de Droit de l'Université du Sud Toulon-Var

Figure emblématique du Parti communiste italien puis du Parti Démocratique de Gauche à partir des années 1990, le sénateur à vie Giorgio Napolitano est devenu, le 10 mai 2006, le onzième président de la République italienne. Ancien Président de la Chambre des députés durant la XIème Législature (de 1992 à 1994, remplaçant Oscar Luigi Scalfaro devenu Président de la République), il a aussi été Ministre de l'Intérieur du Gouvernement de Romano Prodi (de 1996 à 1998).

Né à Naples, le 29 juin 1925, Giorgio Napolitano s'illustre dès 1942 en fondant un groupe antifasciste et communiste qui prendra part à de nombreuses actions de résistances contre les nazis. En 1945, il adhère au Parti communiste italien dont il deviendra le secrétaire fédéral à Naples puis à Caserte. En 1947, il obtient une licence en jurisprudence à l'Université de Naples et soutient une thèse en économie politique ayant pour sujet « le développement industriel manqué du Mezzogiorno depuis l'unité et la loi spéciale pour Naples de 1904 ». Secrétaire général du Centre économique Italien pour le Mezzogiorno de 1946 à 1948, il fut aussi un membre actif, pendant près d'une décennie du Mouvement pour la renaissance du Mezzogiorno (fondé en décembre 1947).

Élu à la Chambre des députés pour la première fois en 1953, il sera chaque fois réélu durant 10 Législatures, jusqu'en 1996, dans la circonscription de Naples. Il exercera ses fonctions parlementaires au sein de la Commission du budget et des participations de l'État où, une fois encore, il se concentrera ardemment sur les problèmes de développement du Mezzogiorno et plus largement sur le thème de la politique économique nationale.
Outre son activité politique, Giorgio Napolitano collabore à la revue Société de 1954 à 1960 puis à la revue Chroniques méridionales.
Entré à la direction nationale du Parti communiste lors du Xème Congrès, il sera coordinateur du bureau politique du PCI de 1966 à 1969 puis responsable culturel du PCI de 1969 à 1975 avant de devenir porte-parole du parti auprès du gouvernement Andreotti de 1976 à 1979 pour toutes les questions économiques et syndicales (période à laquelle il dédiera son livre In mezzo al guado publié en 1979). Représentant du courant modéré et social-démocrate du PCI, à l'issue du Congrès de Rimini en 1989, il se déclarera favorable à la transformation du PCI en Parti Démocratique de Gauche.
En 1975, il publie avec Eric Hobsbawm, Intervista sul PCI  qui sera traduit dans plus de dix pays. Durant les années 1970, Giorgio Napolitano dispense   de nombreuses conférences à l'étranger (en Grande-Bretagne, en Allemagne et dans les plus prestigieuses universités américaines telles Harvard, Princeton, Yale, Chicago ou encore Berkeley) sur le thème de la politique internationale.
Élu président du groupe parlementaire communiste en 1981, il occupera cette charge jusqu'en 1986, participant activement à tous les débats liés à la politique générale ou à la vie de l'institution. Durant les années 1980, Giorgio Napolitano s'engage s'attache aux problèmes de politique internationale au travers de son activité au sein de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des députés ou encore de 1984 à 1986 au sein de la délégation italienne à l'Assemblée de l'atlantique nord.

Européen convaincu, il devient membre du Parlement européen en 1989 et participe à de nombreuses missions à l'étranger ainsi qu'à des cycles de conférences aux États-Unis sur le thème de la chute du mur de Berlin et des régimes communistes en Europe centrale et orientale. Ces conférences seront publiées dans Europa e America dopo l'89 en 1992. Sa participation à la bataille européaniste sera récompensée par son élection en 1995 à la présidence du Conseil italien du mouvement européen.
De 1992 à 1994, Giorgio Napolitano occupe les fonctions de Président de la Chambre des députés. Durant cette période, en matière de politique étrangère, il imposera sa ligne de conduite, une ligne de soutien et de solidarité aux États-Unis et à l'OTAN.
En 1997, le Press Hannover Club lui décerne le prix Leibniz-Ring pour le dévouement « de toute une vie » au développement de la démocratie parlementaire et au rapprochement entre la gauche italienne et le socialisme européen.
Nommé Ministre de l'Intérieur du gouvernement Romano Prodi de mai 1996 à octobre 1998, il sera à l'initiative de la loi Turco-Napolitano instituant les Centres de permanences temporaires pour les immigrés clandestins.
Après la chute du gouvernement Prodi, Giorgio Napolitano est réélu au Parlement européen en juin 1999 où, jusqu'en 2004, il occupera la présidence d'une des plus influentes commissions parlementaires, la Commission pour les affaires constitutionnelles.
Le 1er août 2003, il devient président de la Fondation de la Chambre des députés [1], avant d'être nommé deux ans plus tard, le 23 septembre 2005, sénateur à vie par le Président de la République, Carlo Azeglio Ciampi.

Le 10 mai 2006, au quatrième tour de scrutin par 543 voix sur 990 votants, Giorgio Napolitano a été à son tour élu onzième Président de la République italienne. Il est le premier ex-communiste de l'histoire de la République à accéder à la fonction suprême.
Le nouveau président devrait prêter serment le lundi 15 mai 2006. Dans les jours qui suivent, l'une de ses premières décisions sera, sans aucun doute, de nommer à la présidence du Conseil, Romano Prodi, vainqueur des dernières et « épiques » élections législatives italiennes.

M. B. (14/05/2006)

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[1] Fondation, instituée par le Bureau de la présidence de la Chambre sur proposition du Président Pier Ferdinando Casini, elle a pour but d'assurer la promotion du patrimoine historique et du rôle institutionnel de la Chambre, au travers de diverses activités (séminaires, expositions, publications).