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Les élections régionales partielles italiennes :
un air de « déjà vu »…

par Michaël BARDIN
ATER à la Faculté de Droit de l'Université du Sud Toulon-Var
Centre de Droit et de Politique Comparés Jean-Claude ESCARRAS


Les élections régionales italiennes organisées les 3 et 4 avril 2005 ont une fois de plus mis en évidence le lien existant entre élections locales et nationales.
À l'image des élections régionales françaises de mars 2004, les électeurs italiens ont infligé un véritable « vote-sanction » à la majorité parlementaire et de son chef, Silvio Berlusconi. Ce scrutin, à un an des élections législatives (prévues en mai 2006) prend la forme d'un avertissement sévère pour la majorité.

Néanmoins, nul besoin d'aller chercher des exemples à l'étranger, il suffit de se rappeler les précédentes élections régionales italiennes. En effet, les élections de 2000 avaient été marquées par une profonde percée de la coalition de droite (droite et l'extrême droite) qui en remportant une majorité dans huit régions sur quinze avait entraîné la démission du président du Conseil italien d'alors, Massimo d'Alema. Silvio Berlusconi déclarait à l'époque que le gouvernement de centre-gauche n'était plus «  légitime pour continuer  » et son allié d'Alliance nationale, Gianfranco Fini affirmait quant à lui que «  chaque jour de plus que M. D'Alema passe au gouvernement est une insulte à la souveraineté du peuple  ».

Les élections se succèdent, se ressemblent, seuls les acteurs semblent inverser leurs rôles.
Ainsi ce dernier scrutin, où treize régions étaient en jeu a conduit à la victoire de la gauche dans onze d'entres elles. Des huit régions que dirigeait la coalition de Berlusconi, seules la Lombardie et la Vénitie sont conservées. À l'inverse, l'opposition et son leader Romano Prodi, conserve haut la main les cinq régions qu'elle détenait : Emilie-Romagne, Toscane, Marche, Ombrie et Campanie et reprend la Ligurie, le Piémont, les Abruzzes, les Pouilles et la Calabre mais aussi et surtout le Latium, la région de Rome, réputée pour avoir un poids important sur l'échiquier national. Fernando Storace, président sortant du Latium n'a pas hésité à qualifier le scrutin d'«  hécatombe  ».
Au lendemain de ces élections, la presse italienne, et notamment le Corriere della Sera titrait sur la «  Débâcle de la majorité  » ou encore « majorité, le conflit au sein du gouvernement  ».

Ces résultats viennent mettre à mal une coalition au sein de laquelle la discorde est aujourd'hui largement connue. La mainmise du parti Forza Italia de S. Berlusconi et les choix politiques de ce dernier inquiétant les autres partis de la coalition. Ainsi, Marco Follini, vice-Premier ministre et patron de l'UDC parlait après les résultats de «  défaite sans équivoque  » et Gianfranco Fini, autre vice-Premier ministre, critiquait la volonté du Président du Conseil de faire de la lutte contre le communisme un des principaux arguments de sa campagne. Le leader d'Alliance nationale estimant qu'il était désormais nécessaire «  d'être réaliste humble et sérieux  » convenait, néanmoins, que la victoire aux élections législatives de mai 2006 était possible « mais pas en disant qu'il y a un danger communiste ».

Au-delà même des régions perdues par la coalition de droite, le pourcentage des voix va largement en faveur de l'opposition qui recueille au total 52,9 % des voix contre seulement 45,1 % à la coalition de Berlusconi. Plus encore, les 18,4 % obtenus sur l'ensemble du territoire par le Parti Forza Italia constitue le plus mauvais score jamais enregistré par ce dernier depuis sa création en 1994.
Même si cette élection partielle n'affiche qu'un taux de participation de 55,2 % (contre 73,1 % en 2000), sans doute largement occulté par le décès du Pape Jean-Paul II, il n'en demeure   pas moins qu'elle constitue un échec cuisant pour la majorité.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Silvio Berlusconi a dû à son tour affronter le feu des critiques et de nombreuses demandes de démission venant de l'opposition. Antonio Di Pietro, député de gauche estimant ainsi que «  M. Berlusconi devait tirer les bonnes conclusions et ne pas prolonger l'agonie une année de plus  ».

Ce dernier pourtant a rapidement balayé devant les caméras de la télévision italienne toute idée de démission : «  Je ne démissionne pas et je vais terminer mon programme  ». Le Cavaliere avait clairement fait connaître sa position avant même le scrutin. S'attendant à ce que l'électorat sanctionne son gouvernement, il avait affirmé que «  dans un moment peu propice à l'économie, l'opposition est avantagée  ».

En définitive, après ces élections régionales, tout semble à reconstruire au sein de la coalition gouvernementale alors que Romano Prodi, à la tête de l'Union des partis de gauche se présente plus que jamais comme successeur désigné à la Présidence du Conseil.

Dans un an, lorsque auront lieu les élections législatives, Silvio Berlusconi aura mené à son terme son mandat de cinq ans, battant ainsi le record de longévité d'un chef de gouvernement italien depuis la seconde guerre mondiale.

M. B. (10/04/2005)